Tout le monde avait raison sur l’Amérique

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Le premier jour à New-York est passé. Personne n’avait menti, tout le monde avait raison : l’Amérique, c’est autre chose et New-York est la porte qui s’ouvre sur ce nouveau monde.

Dans l’avion, je n’ai pas dormi. Nous suivions le soleil dans sa course et j’ai trouvé que la sensation rare de sentir sa chaleur sur mes joues, lorsqu’il était pour moi 2h du matin, rendait tout sommeil interdit. Après des heures d’océan nous avons perdu la course contre le soleil et j’ai compris que nous n’étions plus loin. Lorsque j’ai revu la terre par le hublot nous étions au dessus de Plymouth ( Massachusetts). Ce sol de diodes brillait pour moi comme le début de l’Amérique. Toute émue que j’étais par la vision aérienne de ces constellations urbaines j’ai levé les yeux au ciel, encore plus haut que le ciel où nous étions déjà, et je suis tombée nez à nez avec la Grande Ours. La sensation de voir, à ce moment où tout était nouveau sous mes yeux, cette familière casserole que j’ai toujours connue et si souvent cherchée m’a émue aux larmes. Peut-être le manque de sommeil.

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L’avion a amorcé sa descente et mon nez faisait des traces sur le hublot à tant s’y coller pour voir la ville sous nous. Une fois au sol, je trépignais d’impatience de sortir de cette boîte et de poser le pied sur ce nouveau sol. Quelle magie de prendre le temps de vivre l’instant précis du pied qui touche la terre (plus souvent le bitume) d’un pays que l’on n’a jamais foulé. Le commandant de bord a pris le micro et a longuement parlé. J’écoutais sa voix américaine de loin, comme dans un bain de coton, car je voulais uniquement poser mon pieds sur son pays. Mais quand il a parlé de « terrorist attack » j’ai vu le haut des crânes des passagers se redresser comme une peau de chair de poule. Nous étions au sol, sur le tarmac, et l’on nous informait qu’une attaque terroriste était en cour dans l’aéroport et que la sécurité nous interdisait de sortir de l’appareil. Les lumières de l’avion étaient éteintes et nous attendions dans le noir. Cela a duré deux heures. Les visages éclairés par le bleu des smartphones parlaient d’une fusillade, mais d’aucun mort ou blessé. Rassurée par ce bilan, je pensais seulement qu’il allait falloir trouver à me connecter à Internet et donner des nouvelles avant que Maman ne fasse sa revue de presse matinale et ne recrache son café par le nez.
En sortant de l’avion il nous a été demandé de courir. Je ne sais pas quand j’ai posé le pied en Amérique.

Après ma première nuit à Brooklyn, dans le quartier de Willamsburg, j’ai chaussé mes baskets et suis partie tôt de la maison. J’avais décidé pour cette journée de ne rien prévoir et de me perdre quelque part. Je suis descendu du métro à Broadway-Lafayette dans le quartier de SoHo  au Sud-Ouest de Manhattan. J’ai marché le nez en l’air et j’ai eu besoin de me répéter plusieurs fois que j’étais là où j’étais. J’ai mangé mon premier Bagel and Cream Cheese et pris mon café à emporté.

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Le quartier de SoHo

Sur Broadway, perdue dans mes pensées, j’entends quelqu’un me dire en français : Vous, vous êtes française. C’était un petit homme d’une soixantaine d’années vêtu d’une chemise bleue, d’un pantalon gris et de mocassin sans chaussettes. Il portait à la main son journal. Nous avons discuté en marchant. Né à Casablanca il vit à New-York depuis 40 ans. Nous nous sommes assis ensemble sur un banc. Il est artiste et me parle du début de son art à New-York, des rats dans les ateliers dans les années 60, de sa jeunesse aux Maroc et en Israël, de l’encre et du papier. Je lui parle de Paris, du fromage et de l’écriture. Il me donne sa carte, m’emmène acheter du pain et me propose d’aller voir son atelier. C’est en rentrant dans ce loft que j’ai pris la dimension de son art. Des toiles immenses ou petites sur grands murs blancs, faites de millions de minuscules traits tracés à la plume, jusqu’à 12 heures par jour. Il me sert des olives, de l’eau et du pain à l’origan. Ces œuvres sont exposées au MoMa, au Guggenheim, au Centre Pompidou, au British Museum , partout dans le monde et je suis là car je ressemble à une française perdue sur Broadway. Jacob me montre comment il travaille et je suis fascinée. Nous sommes restés à parler dans son atelier près de quatre heures. Je fais deux portraits Polaroïds de lui. Il m’a dit de revenir dans la semaine et j’ai repris ma route.

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L’atelier de Jacob E. H.

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Tout est immense et les tours me tombent dessus. La chaleur est moite et collante, je n’ai jamais ressenti cela avant. Après un verre au Bryant Park avec ma cousine, je passe par Times Square qui clignote et brille et crie et sent la frite. Je me perds de nouveau sur la 8th Avenue. Dans un quartier plus résidentielle j’entends chanter des cigales. Je me dis que vraiment, tout est possible à New-York. Je reprends le métro qui colle et salie pour rentrer à Brooklyn. Nous mangeons le fromage que j’ai ramené de France en buvant du vin de Californie. Dans la colocation il y a deux français, un franco-américain et une américaine. Il y a aussi deux anglais, mais ils ne sont pas là. En sortant boire un verre nous croisons un camion à glace qui fait de la musique et un camion de pompier plus gros que tous les camions de pompiers du 14 juillet. A l’angle d’une rue, une bouche d’incendie qui crache de l’eau, tout comme on s’imagine une bouche d’incendie qui crache de l’eau dans une rue chaude et humide de Brooklyn en plein mois d’août. Nous courrons dans l’eau crachée en riant. Je n’en reviens pas d’être là.  Je n’en reviens pas de cette journée et je me dis que oui, tout le monde avait raison, ce sera quelque chose ces 28 jours en Amérique.

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Death Mary
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2 réflexions au sujet de « Tout le monde avait raison sur l’Amérique »

  1. J’aime tellement te lire, te relire. J’ai toujours aimé ☺️ Je te souhaite un magnifique voyage, riche en découvertes j’en suis certaine!

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