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Comment j’ai arrêté Internet pour devenir fromagère

J’écrivais ici pour la dernière fois le 9 septembre 2013, veille de mon premier jour à la fromagerie. Veille du jour où j’enfilais pour la première fois mon tablier et ma blouse et que j’entamais cette reconversion professionnelle qui sonnait comme un cri du cœur. « Formée en communication », « passionnée de gastronomie » , voilà deux formulations qui me désignaient plutôt convenablement… jusqu’au jour où la passion a pris le pas sur la formation. Un jour de juin 2013, Philippe se rend sur le site d’une fromagerie pour y trouver les horaires d’ouverture, à l’approche d’un repas vins et fromages prévu dans la semaine. Cette fromagerie est, à ce moment là de l’histoire, notre fromagerie de quartier. Une fois les horaires trouvés, la rubrique Offres d’emploi du site indique qu’un poste est à pourvoir. Il me fait suivre la page… Je suis à cet instant là devant mon ordinateur, dans un bureau de 9m² et je zone sur Facebook : je suis community manager. J’ai récemment relu la conversation où Philippe m’envoie ce lien d’offre d’emploi à 16h56, ce à je réponds à 17h41 : ma lettre de motivation est rédigée. Cette lettre, sincère et directe, se résumerait en une phrase : j’ai tout ce que vous recherchez (mais je suis une quille en fromages). La sincérité semble parfois payer. Il s’écoulera plus d’un mois avant que nous convenions d’un rendez-vous. Les choses iront par la suite assez vite et je signe enfin, en septembre 2013, un contrat à durée indéterminée : je vais devenir fromagère.

Mais l’on ne devient pas professionnel en fromagerie à l’instant même où le stylo Bic se pose sur un contrat de travail. Je commence à lire, beaucoup, et à apprendre par cœur. Je dévore les ouvrages et tente d’ingurgiter toutes les connaissances qui, je pense, me feront cruellement défaut lors de mon premier jour de travail. Puis le premier jour de travail arrive. C’est une avalanche de données et d’émotions qu’il faut apprendre à canaliser. Je suis galvanisée, épuisée, excitée, effrayée, émerveillée. Les informations arrivent en masse et je me sens tantôt dépassée, tantôt subjuguée par l’univers dans lequel j’ai l’incroyable opportunité de pouvoir saisir ma chance. Durant ma formation (Hypokhâgne, DUT Information-Communication, Licence Communication Multi-Média) j’ai souvent eu le sentiment que le concret manquait à mon quotidien : le lait, le fromage, les brebis, l’étable ou les DLUO ; voilà qui me semblait soudainement diablement plus palpable. Je me gorge sans répit de ces données inconnues qui constituent mon nouveau métier. Il faut dire que je suis à bonne école. J’ai eu la chance d’intégrer une (toute petite) équipe d’acharnés passionnés qui on accepté de professionnaliser ma passion de la gastronomie et de me transmettre leur savoir faire.

Je deviens alors la fille de l’équipe, la dernière arrivée et la moins avertie. Mais chaque jour j’en apprends plus, de tout mon cœur et avec envie. Pour évoluer, mais aussi pour ne pas freiner cette enseigne émérite, me mettre au diapason, faire partie de l’aventure. Voilà bientôt deux mois que j’enfile chaque jour (sauf le lundi) mon tablier et ma blouse. J’en connais cent fois plus qu’à mon arrivée. Je sais comment couper le Comté, palper un Pélardon, choisir le Lincolnshire Poacher dans les caves de Neal’s Yard Dairy à Londres où je me suis rendu en octobre, mais également laver le Mont d’Or, emballer le Chaource et finement couper la raclette. Je me lève chaque matin avec envie, malgré la fatigue physique qui m’était auparavant inconnue. Je suis fière et reconnaissante. J’aime éprouver ce sentiment d’avoir trouvé ma voie. J’aime dire que je suis fromagère. J’aime l’odeur de mes vêtements et la fatigue de mes muscles. J’aime penser à mon travail 90% de mon temps. J’aime que Philippe n’ait pas, un jour de juin 2013, connu par cœur les horaires de la fromagerie.

Visite à la ferme de 4 saisons
Visite à la ferme des 4 saisons
Visite à la ferme de 4 saisons
Visite à la ferme des 4 saisons
Visite chez Neal's Yard Dairy
Viste chez Neal’s Yard Dairy à Borough Market (Londres)

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38 thoughts on “Comment j’ai arrêté Internet pour devenir fromagère”

  1. Bravo, une reconversion réfléchie et originale.
    Pour notre part, nous avons abandonné l’informatique et le juridique pour faire de la pâtisserie. Monter son entreprise est vraiment un parcours prenant, et faire de sa passion son métier c’est aussi très plaisant mais très chronophage.
    Nous invitons tous les fans de pâtisserie sur notre site, nous aimons partager.
    Encore bravo et bon dimanche..

  2. Belle histoire, je crois que le fromage est l’une des plus belles passions sur lequel on peut bâtir un travail.

  3. Que d’émotions au travers des ces lignes. Une belle leçon de courage aussi.

    Trouve un métier que tu aimes, et tu ne travaillers pas un seul jour dans ta vie. Confucius.

  4. Bonjour Camille,
    Je viens de finir mon déjeuner (essentiellement composé de fromages ramenés du marché) et tombe sur ton article.
    Tu as sans doute le plus beau métier du monde désormais. De quoi tous nous faire rêver. Bonne chance à toi.

  5. j’aime votre histoire qui me rappelle un peu la mienne.
    J’ai quitté mon job d’assistante de direction pour devenir applicatrice dans le béton ciré.
    Et c’est un bonheur de chaque jour malgré la fatigue.
    Ca fait du bien de lire votre histoire, et j’espère que beaucoup de gens qui n’ose pas franchir le pas tomberont sur votre article.
    Belle continuation !

  6. Bienvenue dans le monde du fromage… Votre passion naissante et votre soif d apprendre laisse présager un bel avenir fromager…
    Vous, et l équipe qui vous a si bien accueillie, serez la bienvenue chez nous afin de découvrir la fabrication du Brie de Meaux.
    Bien cordialement,
    Luc

    1. Bonjour Luc,

      Merci beaucoup pour votre commentaire. Je serais ravie de vous rendre une visite, avec mon équipe, pour en apprendre d’avantage sur votre brie, et ainsi mieux en parler à nos clients ! A très bientôt alors, et encore merci pour votre commentaire.

      Camille

  7. C’est beau les histoires d’amour, ça donne envie de te souhaiter une longue vie pleine de joie avec tes fromages <3
    Bravo d'avoir eu ce courage, c'est inspirant !

  8. Alors tu pourras dire comme Mitou: « au théatre, je ne travaillais pas, j’étais dans un bain de miel ». Je te souhaite d’etre toute ta vie dans un bain de miel, qui parfois d’ailleurs se marie très bien avec le fromage !! :))

  9. Bravo et content de lire que vous en êtes heureuse mais la vraie question est toujours la même : les THUNES !

    Et oui. Combien gagniez-vous alors, combien gagnez vous aujourd’hui ? Ou si vous ne voulez pas donner de chiffre : plus, moins, beaucoup plus, beaucoup moins ?
    Non que ce soit une condition du bonheur, mais ça reste un élément intéressant.

    1. C’est une question légitime ! Je gagne 150€ de moins qu’à mon poste précédent… mais je vis également à 150 mètres de mon lieu de travail. J’ai considérablement gagné en confort de vie et, pouvant prendre mes repas chez moi le midi, j’économise de ce côté là.

      Merci pour votre commentaire.
      Bonne soirée.

  10. Avec ton article tu m’a fait voyager au pays des fromages,j’espère que ta nouvelle vie t’apportera plein de bonheur et de nouvelles rencontres enrichissantes.Tu me fais presque regretter la mutation de mon mari à Tahiti car ici les fromages sont hors de prix ou alors pasteurisés :( , je rêve d’un bon saint nectaire fermier ……
    En tout cas chapeau pour avoir osé ta reconversion et plein de bonnes choses pour la suite
    Gaëlle

  11. Bravo pour ton blog et surtout bravo d’avoir osé! J’ai consacré quelques lignes à ton délicieux récit sur mon blog: chomagepourtous.over-blog.fr
    P.S: As-tu déjà goûté au « kajmak »? c’est un régal venu de Serbie, très populaire dans les pays de l’Est! Bonne continuation :)

  12. Également partie pour faire de la communication, je choisis finalement la cuisine en Septembre et me retrouve donc un peu dans cette belle histoire, que tu racontes à merveille! Bravo et bonne continuation

  13. Bonjour, c’est mon rêve !!!! La quarantaine approchant j’espère pouvoir entamer un CQP vendeur conseil en crèmerie fromagerie sur lyon, seul hic mon âge

  14. Je viens de lire votre histoire et j’en suis très touché. D’ici quelques semaines, ce sera à mon tour de vivre dans le monde merveilleux des fromages. Je tire un trait sur mon ancien job et me lance dans une formation de fromager. Merci pour votre témoignage, c’est encourageant.

  15. Salut, j’ai 19 ans et je suis fromager depuis maintenant 4 ans. Je sais que ce métier est difficile, se lever tous les jours et tous les week ends a 4hOo du matin et travailler 47h par semaine est épuisant! Mais si c’est ta passion continues! Plus tu en apprendras plus tu seras intéressée par le métier! Et crois moi quand tu sauras fabriquer seule un matin tu seras fière de toi et tu voudras faire ce travail toute ta vie. Continues dans ce beau métier!

  16. Bonjour Camille,
    J’ai découvert ton histoire et ton blog en recherchant comment me reconvertir en fromagère. Je suis dans la traduction, dans une grosse agence de traduction à Paris (dans le 20ème d’ailleurs :)) et j’ai de plus en plus de mal à supporter mes journées. Je traduis des modes d’emploi d’appareils que peu de personnes lisent, je suis constamment sous pression (traduire plus vite, plus de mots, plus plus plus…) mais surtout j’ai l’impression de faire quelque chose qui ne sert à rien. Je viens de la campagne et je suis fière à chaque fois que je rentre chez moi des produits fabriqués et proposés dans ma région. Alors, depuis un moment, je pense à me reconvertir dans la fromagerie. Et ton article m’a encore plus convaincue !!! Je sais que ça risque d’être difficile, comme tu le dis, tant sur les horaires que la station debout (chose à laquelle je n’avais pas pensé j’avoue) mais je pense que la passion et le fait d’être fière de ce qu’on fait est bien plus forts que ces inconvénients.
    Merci en tout cas !
    Et peut-être à un de ces jours autour d’un fromage.

    Charlotte

    1. Merci pour ton commentaire. Je ne saurais que te conseiller de prendre ton courage à deux mains. C’est parfois difficile, mais je ne regrette rien. Bonne soirée et peut-être à bientôt.

      1. Bonjour j aí lu votre article et je trouve que avez veccu une belle histoire moi aussi je suis passionnee par ce metier je suis une femme de 40 ans et demandeur d emploi je voulais avoir des informatións concernant la formations sachant que j habite en ile de france merci pour votre partage

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