Demain, je quitte New-York

Demain, je quitte New-York. J’ai peine à croire qu’une semaine déjà s’est écoulée ici. Je tente de passer en revue les jours et les nuits. C’est incroyable le nombre de choses déjà oubliées. Cette semaine j’ai marché dans New-York, dormi à Central Park, dansé sur le toit d’un hôtel, vu mon cousin se marier, dansé sur une plage de Long Island, vu de l’art sous toutes ses formes, ai écouté un concert Punk, déambulé dans des supermarchés.


Mes yeux sur l’Amérique deviennent chaque jour plus grand, plus gros, plus écarquillés. Les contrastes de ce pays font comme des courts-circuits dans mon cortex. La vision actuelle que j’en ai est impossible à unifier et ma traversé d’Est en Ouest brouillera encore davantage mes impressions.

Mercredi, j’étais à Coney Island, l’endroit le plus photogénique de l’univers. Je ne sais plus quand j’ai su que Coney Island existait. Je ne sais pas si c’est à cause de Patti Smith ou d’un livre américain lu il y a longtemps. En tout cas, je devais vraiment voir ça en vrai. J’ai fait des essais de Polaroïds. Un d’eux est tellement jolis que je vais l’encadrer pour la maison.

Jeudi, fut la journée du mariage de mon cousin. Incroyable journée. D’abord le City Hall, équivalent de notre mairie mais en très grand, avec beaucoup de monde et où il est nécessaire de prendre un ticket. Ensuite quelques photographies des mariés sur le pont de Brooklyn. Même les touristes ont photographié les mariés sur le pont de Brooklyn ! Puis il ya eu le mariage religieux dans le jardin d’une maison de Flatbush. Je tenais un coin de la chuppa de mariage de mon cousin. J’étais honorée et émue. Tout le monde a crié Mazel tov et nous avons sorti les grands gobelets rouges, comme dans les fêtes américaines que l’on voit au cinéma.

Hier matin je prenais un car de Williamsburg à Long Island pour douze heure de fête sur la plage. L’événement était organisé par une communauté du Burning Man. Il y a peu de chance pour que j’oublie cette journée, du moins j’espère ne jamais en oublier la beauté. Face à la mer ou face au soleil, les pieds sur Terre et dans l’eau tout à la fois, nos cœurs étaient embrasés de joie. L’amour était partout. J’aurais voulu que le soleil jamais ne se couche.


J’ai été surprise par l’attitude des américains quand, reconnaissante et émerveillée par tant de communion et de fraternité, je les complimentais sur leur accueil et leur gentillesse. J’ai senti comme ces américains là étaient étonnés et heureux d’entendre mes mots. Plusieurs m’ont dit se sentir mal aimé du reste du monde. Se sentir jugés comme faisant partie, malgré eux, d’un pays toujours plus imposant, dévorant. Moi, je les trouvais beaux et amicaux et simples. Ils n’étaient pas tous ainsi c’est vrai. Mais l’amour et la simplicité des échanges, la puissance du partage et du lien avec les éléments naturels étaient dominant sur Lido Beach. J’aurais voulu que le soleil jamais ne se couche.

Demain, je quitte New-York. Je prends le Lake Shore Limited pour Chicago. Une traversée de dix-neuf heures en train. J’ai hâte de voir les paysages de l’État de New-York, de la Pennsylvanie, de l’Ohio, de l’Indiana et de l’Illinois. Une fois arrivée à Chicago, j’ai hâte de voir ses tours qui me tomberont dessus de si haut, comme à New-York. J’ai hâte aussi de voir son métro aérien. Ensuite, je prendrai un second train, le California Zephyr, pour atteindre Sacramento. Je traverserai l’Iowa, le Nebraska, le Colorado, l’Utha et le Nevada. Je rejoindrai enfin San Francisco pour deux semaines. C’est définitivement l’endroit qui, aujourd’hui, m’appelle même en rêve.

Demain, je quitte New-York.

Tout le monde avait raison sur l’Amérique

Le premier jour à New-York est passé. Personne n’avait menti, tout le monde avait raison : l’Amérique, c’est autre chose et New-York est la porte qui s’ouvre sur ce nouveau monde.

Dans l’avion, je n’ai pas dormi. Nous suivions le soleil dans sa course et j’ai trouvé que la sensation rare de sentir sa chaleur sur mes joues, lorsqu’il était pour moi 2h du matin, rendait tout sommeil interdit. Après des heures d’océan nous avons perdu la course contre le soleil et j’ai compris que nous n’étions plus loin. Lorsque j’ai revu la terre par le hublot nous étions au dessus de Plymouth ( Massachusetts). Ce sol de diodes brillait pour moi comme le début de l’Amérique. Toute émue que j’étais par la vision aérienne de ces constellations urbaines j’ai levé les yeux au ciel, encore plus haut que le ciel où nous étions déjà, et je suis tombée nez à nez avec la Grande Ours. La sensation de voir, à ce moment où tout était nouveau sous mes yeux, cette familière casserole que j’ai toujours connue et si souvent cherchée m’a émue aux larmes. Peut-être le manque de sommeil.

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L’avion a amorcé sa descente et mon nez faisait des traces sur le hublot à tant s’y coller pour voir la ville sous nous. Une fois au sol, je trépignais d’impatience de sortir de cette boîte et de poser le pied sur ce nouveau sol. Quelle magie de prendre le temps de vivre l’instant précis du pied qui touche la terre (plus souvent le bitume) d’un pays que l’on n’a jamais foulé. Le commandant de bord a pris le micro et a longuement parlé. J’écoutais sa voix américaine de loin, comme dans un bain de coton, car je voulais uniquement poser mon pieds sur son pays. Mais quand il a parlé de « terrorist attack » j’ai vu le haut des crânes des passagers se redresser comme une peau de chair de poule. Nous étions au sol, sur le tarmac, et l’on nous informait qu’une attaque terroriste était en cour dans l’aéroport et que la sécurité nous interdisait de sortir de l’appareil. Les lumières de l’avion étaient éteintes et nous attendions dans le noir. Cela a duré deux heures. Les visages éclairés par le bleu des smartphones parlaient d’une fusillade, mais d’aucun mort ou blessé. Rassurée par ce bilan, je pensais seulement qu’il allait falloir trouver à me connecter à Internet et donner des nouvelles avant que Maman ne fasse sa revue de presse matinale et ne recrache son café par le nez.
En sortant de l’avion il nous a été demandé de courir. Je ne sais pas quand j’ai posé le pied en Amérique.

Après ma première nuit à Brooklyn, dans le quartier de Willamsburg, j’ai chaussé mes baskets et suis partie tôt de la maison. J’avais décidé pour cette journée de ne rien prévoir et de me perdre quelque part. Je suis descendu du métro à Broadway-Lafayette dans le quartier de SoHo  au Sud-Ouest de Manhattan. J’ai marché le nez en l’air et j’ai eu besoin de me répéter plusieurs fois que j’étais là où j’étais. J’ai mangé mon premier Bagel and Cream Cheese et pris mon café à emporté.

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Le quartier de SoHo

Sur Broadway, perdue dans mes pensées, j’entends quelqu’un me dire en français : Vous, vous êtes française. C’était un petit homme d’une soixantaine d’années vêtu d’une chemise bleue, d’un pantalon gris et de mocassin sans chaussettes. Il portait à la main son journal. Nous avons discuté en marchant. Né à Casablanca il vit à New-York depuis 40 ans. Nous nous sommes assis ensemble sur un banc. Il est artiste et me parle du début de son art à New-York, des rats dans les ateliers dans les années 60, de sa jeunesse aux Maroc et en Israël, de l’encre et du papier. Je lui parle de Paris, du fromage et de l’écriture. Il me donne sa carte, m’emmène acheter du pain et me propose d’aller voir son atelier. C’est en rentrant dans ce loft que j’ai pris la dimension de son art. Des toiles immenses ou petites sur grands murs blancs, faites de millions de minuscules traits tracés à la plume, jusqu’à 12 heures par jour. Il me sert des olives, de l’eau et du pain à l’origan. Ces œuvres sont exposées au MoMa, au Guggenheim, au Centre Pompidou, au British Museum , partout dans le monde et je suis là car je ressemble à une française perdue sur Broadway. Jacob me montre comment il travaille et je suis fascinée. Nous sommes restés à parler dans son atelier près de quatre heures. Je fais deux portraits Polaroïds de lui. Il m’a dit de revenir dans la semaine et j’ai repris ma route.

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L’atelier de Jacob E. H.

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Tout est immense et les tours me tombent dessus. La chaleur est moite et collante, je n’ai jamais ressenti cela avant. Après un verre au Bryant Park avec ma cousine, je passe par Times Square qui clignote et brille et crie et sent la frite. Je me perds de nouveau sur la 8th Avenue. Dans un quartier plus résidentielle j’entends chanter des cigales. Je me dis que vraiment, tout est possible à New-York. Je reprends le métro qui colle et salie pour rentrer à Brooklyn. Nous mangeons le fromage que j’ai ramené de France en buvant du vin de Californie. Dans la colocation il y a deux français, un franco-américain et une américaine. Il y a aussi deux anglais, mais ils ne sont pas là. En sortant boire un verre nous croisons un camion à glace qui fait de la musique et un camion de pompier plus gros que tous les camions de pompiers du 14 juillet. A l’angle d’une rue, une bouche d’incendie qui crache de l’eau, tout comme on s’imagine une bouche d’incendie qui crache de l’eau dans une rue chaude et humide de Brooklyn en plein mois d’août. Nous courrons dans l’eau crachée en riant. Je n’en reviens pas d’être là.  Je n’en reviens pas de cette journée et je me dis que oui, tout le monde avait raison, ce sera quelque chose ces 28 jours en Amérique.

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Death Mary

Faire rentrer l’univers dans un seul sac à dos

Il a toujours été question de partir en Amérique, mais c’était quelque chose d’aérien, de loin, de fantasmé. Et voilà que nous y sommes, que c’est après-demain.

J’expérimente depuis quelques jours la peur de partir de la maison pour un moment. Que, quoi qu’il se passe, je n’entendrai ni le parquet grincer, ni le chat miauler. Que, quoi qu’il se passe, il faudra faire sans l’odeur de la chambre et le vent sur le balcon. C’est le départ qui est difficile, une fois là-bas, j’oublierai le chat.

Je n’ai jamais eu à préparer de long voyage. Je suis partie après ma classe préparatoire littéraire, un peu moins de deux mois dans le sud de l’Angleterre où vit ma sœur aînée. J’y allais pour travailler. Ma valise avait été un échec mémorable. Que de l’inutile ou de l’immettable. Moralité, j’avais dépensé beaucoup de sous sur place à m’acheter des vêtements que je n’ai pour la plupart absolument pas portés en France.

Riche de ma petite expérience mais aussi de divers conseils d’amis, pages de blog et guide du parfait voyageur, je suis sur ma valise depuis deux semaines. Une valise mentale, faite de mille et une liste. Listes de listes. Listes de listes de listes. Mais hier, j’ai commencé à remplir le sac de toutes ces listes.

HYGENE ET SANTE

cosmétiques, brosses et pinces, huiles essentielles, petite pharmacie

Je n’ai pas pris de shampoing, ni de savon ou toutes ces choses encombrantes qui sont toujours mouillées quand il est l’heure de faire son sac. Ce sera pour moi l’occasion de me rendre au Whole Foods Market et d’acheter de quoi me laver comme une bonne américaine qui consomme BIO et aime les animaux.

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ELECTRONIQUE

chargeurs divers, ordinateur, adaptateur, multi-prise, écouteurs, clé USB, cartes SD, piles, sèche-cheveux

Je n’avais pas l’intention de prendre mon ordinateur portable. Je m’imaginais avec un chapeau, dans le vent chaud et froid de Californie, armée d’un carnet jauni et d’un crayon de bois. Je tolérais dans mes images de l’Amérique, une machine à écrire. Et puis j’ai lu des récits de voyages en ligne, des blogs de voyageurs, et j’ai eu envie de bloguer de nouveau. J’ai donc décidé de prendre l’ordinateur et d’accepter d’actualiser un peu mes images mentales de Beat Generation.

PHOTOGRAPHIE

Fujifilm Instax 210 (pour faire des polaroïds), Fujifilm FinePix JZ250 (pour le numérique), GOPRO

La courses aux appareils a été assez épique ces dernières semaines. Il est incroyable de constater le nombre de gens qui postent des annonces sur LeBonCoin mais ne répondent jamais aux mails. J’ai passé mon temps à actualiser des pages, à lire des fiches techniques d’appareils en tout genre en attendant qu’un vendeur enfin entre en contact avec moi. Le plus difficile aura été de trouver un appareil instantané Fujifilm Instax d’occasion. Il y a en a beaucoup en ligne, mais très souvent il s’agit d’Instax Mini. Ces appareils permettent de faire des instantanés de la taille d’une carte de visite. Je n’aime pas vraiment ce format, pas pour un voyage en tout cas. Je voulais le format au dessus, le format Wide (qui sonne comme Wilde dans ma tête). Heureusement j’ai fini par trouver l’objet de mon désir, au Cash Express d’Alésia ! Merci à Philippe.
Pour ce qui est du numérique, je ne voulais pas prendre mon appareil Reflex qui est assez volumineux (un Canon EOS 1000D). Le Fujifilm Instax 210 étant déjà un sacré parpaing, j’avais en tête de trouver un compact à glisser dans mon sac à dos. J’ai retourné Internet et j’ai fini par me trouver un Fujifilm FinePix JZ250 16 Millions pixels à 20€ ! La belle affaire ! Je me suis dit que ce serait très bien comme ça. Et puis il fallait économiser un peu sur le matériel quand on sait le prix des pellicules instantanées (compter 12€ les 10 photos en France, 8€ les 10 photos au B&H de New-York). Merci à ma mère qui a participé au financement des tonnes de polaroids qui vont naître durant mon voyage. Les photos de cet article sont prises avec mon téléphone portable, et ce n’est pas brillant ! La photo ci-dessous, trouvée au fond de la boîte de l’Instax, montre bien que le Cash Express teste ses appareils.

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ECRITURE

carnet noir d’écriture courante, petit carnet de notes, un crayon de bois, deux critériums, mon stylo à plume, un stylo gel noir, un stylo feutre noir, une gomme, des ciseaux, un tube de colle

C’était l’incompressible. Ma liste des fournitures scolaires, parce que j’ai toujours adoré les listes de fournitures scolaires. Le crayon de bois c’est pour les notes, les critériums pour les dessins gribouillés, le stylo à plume pour la correspondance, le stylo gel pour remplir le carnet d’écriture, le stylo feutre pour noter des choses sur les polaroids, les ciseaux et le tube de colle pour décorer mon carnet de choses très importantes comme des étiquettes de bières ou des papiers gras de hamburgers.

LECTURE

Ce n’est qu’hier que j’ai vraiment réfléchis aux livres qui m’accompagneraient. Depuis le début, il était question de lire Richard Burton : Voyages du capitaine Burton; à la Mecque, aux grands lacs d’Afrique, et chez les Mormons. Abrégés par J. Belin-De Launay d’après le texte original et les traductions de Mme. H. Loreau. J’ai acheté cette édition de 1881 à la librairie Cartouche de Jourdain. L’érudit libraire à lunettes m’a écouté parler du Journal de bord du Voyage du Beagle 1831-1836 de Charles Darwin qui m’accompagne depuis plusieurs semaines et m’a suggéré de lire Richard Burton. Il a grimpé sur son échelle pour m’attraper cette édition reliée cuire avec laquelle il était lui-même parti en Éthiopie. Impossible de refuser, j’étais alors prête à embarquer pour une destination lointaine.

Mais hier, je réfléchissais quelque peu et je me souvenais qu’il est parfois difficile de lire cette littérature du milieu du XIXème siècle. Peut-être difficile durant 8h30 de vol, ou dans le bruit de l’aéroport. J’ai donc pensé qu’il me fallait deux autres livres de secours. Je prends avec moi Un lieu à soi de Virginia Woolf que n’ai pas terminé et vais donc reprendre depuis le début. Ce voyage est pour moi lié à beaucoup d’écriture, il est temps que Virginia chuchote plus fort à mon oreille.

Je prends pour finir Vers la sobriété heureuse de Pierre Rabhi. Je l’ai déjà lu mais c’est un coin de sûreté dans lequel il est bon de se lover. C’est fluide et ressourçant.

J’ai peine à partir sans Richard Brautigan, mais l’Amérique est pleine de libraires et de bouquinistes… Pour Kerouac, il est déjà partout dans ma tête, je dois couper le cordon.

  • Voyages du capitaine Burton; à la Mecque, aux grands lacs d’Afrique, et chez les Mormons de Richard Burton
  • Un lieu à soi de Virginia Woolf
  • Vers la sobriété heureuse de Pierre Rabhi

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VÊTEMENTS

De toute évidence, la partie la plus difficile. J’étais certaine de prendre trop de choses, alors j’ai décidé de trancher sévèrement dans le tas. J’ai essayé de réfléchir en termes de tenues. Un nombre limités de vêtements, interchangeables, qui constitueraient le maximum de tenues différentes en s’associant les uns aux autres. Je suis plutôt contente du résultat sur le papier. Le linge propre sèche dans la salle à manger… je vois déjà poindre au loin le manque de place. Je prends même mes talons Pierre Hardy qui me gêneront tout le voyage, sauf le jour du mariage, le mariage de mon cousin.

Voilà comment j’ai préparé ce sac beaucoup trop grand pour moi. A côté de ça, je note des itinéraires, j’enregistre des adresses de musées, de fromageries, de parcs, de restaurants. J’imprime des notes et des cartes, je gribouille.
A côté de ça je suis la politique américaine pour être au fait des campagnes et j’ai lu Atlas des Etats-Unis un colosse aux pieds d’argile de Christian Montès et Pascale Nédélec, Cartographie de Cyrille Suss pour en apprendre davantage sur ce pays. Merci Laurent pour ce cadeau. Ouvrage passionnant (que j’emporte d’ailleurs avec moi).

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A côté de ça, je tente de prendre le temps de respirer, de profiter en pleine conscience de cet avant-voyage. J’essaie de me dire que ce sera fabuleux, et qu’il ne faut pas avoir peur de partir.

Merci à Philippe, à Adrien, à Ayanne, à Louise, à Elsa, à Ivy, à Laurent, à Benjamin, à Sylvain, à Geoffrey, à Olivier, à Susan, à Julie, à Anne, aux Valentine et à ma Maman. Merci à France Culture et Christophe André.

Une traversée des États-Unis

J’ai eu du mal à intégrer que ce voyage finirait par devenir quelque chose de vrai. Aujourd’hui nous sommes en août, et j’en ai fini de pouvoir dire « je pars en août ». Je réalise en ce premier jour aoûtien que mon départ est presque demain.

Je n’ai jamais entrepris de long voyage. Je suis parfois partie quelques jours ou semaines (en Angleterre, Espagne, Allemagne, Pays-Bas, Tunisie) mais jamais si loin et si longtemps. Et surtout jamais seule.

Je relis tous les jours mes réservations, je regarde les AM et les PM pour être certaine que tout est bien ficelé. Car mon voyage est un ensemble de voyages, en avion, en voiture, mais surtout en train.

Je vais traverser les États-Unis d’Est en Ouest et j’ai l’impression que je vais marcher de la Lune à Pluton, de Vénus au Soleil. J’ai choisi de prendre l’avion uniquement pour me rendre de Paris à New-York et enfin, de San Francisco à Paris, Il sera ensuite question de 70 heures de trains, de la traversée de 10 états et d’une location de voiture aux abords de Sacramento.

Il n’y a que le trajet qui me soit connu aujourd’hui. J’ai beaucoup de mal à ensuite organiser les choses à faire, les endroits où se rendre. Alors j’erre dans Google Earth et je note des choses sur des coins de carnets. Sur place, je compte simplement errer dans les villes et notes des choses sur des coins de carnets.

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Être fromagère hors fromagerie

Ma vie de fromagère aura été une période professionnelle riche en rebondissements. Jeudi 30 juin, je quitte la fromagerie.

C’est la dernière semaine, et il faut dire au revoir aux clients. C’est difficile, je suis attachée. J’ai toujours mis du cœur dans ce lien aux consommateurs et aux fournisseurs, alors mes journées sont en ce moment faites de beaucoup de petits au-revoir.

Quand j’annonce mon départ, on me demande soit pourquoi, soit pour quoi faire. Alors, les jours passants, mes réponses sont devenues plus claires, à force de formulation.

Au pourquoi, je réponds plus ou moins comme cela: je me suis reconvertie dans le fromage il y a trois ans. J’aime travailler ce produit et je suis heureuse de tout le savoir acquis. Malheureusement, le rythme de travail d’une boutique est devenu pour moi un frein à mon enrichissement, à ma vie personnelle, sociale, intellectuelle et artistique. Je travaille tous les samedis. Les soirs de semaine, je rentre chez moi entre 21h15 et 21h30. Certains le vivent très bien, certains travaillent même le dimanche. Personnellement, c’est un rythme que je trouve aujourd’hui incompatible avec l’envie de me réaliser de façon globale, au delà du professionnel.
Le commerce est un vrai sacerdoce, qui heureusement convient à beaucoup. Moi, je n’y arrivais plus. Rentrer chez moi pour manger et me coucher a donné beaucoup de paresse à ma tête. N’avoir pas de week-end et rater toujours les belles occasions (familiales, amicales) a donné moins de richesse à ma vie. Être toujours seule mes jours de repos hors dimanche m’a lassé et j’ai moins profité du foisonnement parisien. Je ne suis pas de ceux qui pensent qui le travail est le cœur de la vie. Il est facile d’en parler aux clients, mais plus difficile de le formuler pour des gens qui comme moi, sont commerçants. Je ne veux donner l’impression de juger ce mode de travail. Je connais beaucoup de professionnels pour qui ce rythme est un épanouissement et qui ne désirent pour rien en changer. Je ne juge personne sauf moi.

Au pour quoi faire, je réponds plus ou moins comme cela: on va laisser le temps au temps. C’est la forme qui ne me convient pas, pas le fond. J’aime être professionnelle du fromage, c’est passionnant et j’aime le produit que je travaille. Alors, il va falloir dans un premier temps digérer le fait que je ne vais plus couper du Comté tous les jours, recevoir du Persillé de Tignes, verser de la crème dans des pots de verre, sentir l’odeur enivrante du Camembert… C’est une forme de deuil, et il faut déjà que je l’accepte.
Laisser le temps au temps, c’est aussi pour moi l’occasion de voyager. Je pars en Amérique, à la découverte d’une littérature qui me nourrit depuis des années mais aussi à la découverte de ce qui s’y fait en matière de fromage. J’ai besoin d’ouvrir mes yeux et de sortir du petit tunnel enfermant de ce rythme vélo-boulot-dodo.

C’est un choix de vie et je sais déjà qu’il ne sera pas toujours compris. Parce que le travail est omniprésent, et refuser d’y laisser toute la place revient pour certains à de l’inconscience ou un manque de maturité. J’ai déjà eu à affronter cela lorsque j’ai décidé de devenir fromagère en quittant la communication. J’avais de bonnes places et j’ai accepté de gagner deux fois moins pour trouver plus de sens à ce qui fait 9h d’une journée de 24. C’est juste ainsi que je considère la vie. Je crois que ces choses du travail ne peuvent prendre toute la place. Je sais ce qu’un livre, une page d’écriture, une rencontre, un échange, un paysage, un producteur, un artiste, un animal peut m’apporter d’ouverture sur le monde et de compréhension de ce qui s’y passe. Je ne crois plus à la richesse par le productivisme uniquement et j’aimerais que ce qui n’est pas du travail ne rentre pas obligatoirement dans la case de l’oisiveté.

J’ai beaucoup d’idées et de pistes pour la suite. Aujourd’hui, je dois juste prendre le temps de recharger les batteries, parce que c’est épuisant de remettre son existence en question ! Vraiment ! J’ai rencontré, dans le monde du fromage, beaucoup de personnes passionnées auprès de qui ma route continue dans cet univers. J’espère réussir ce que j’entreprends actuellement, même si j’ai conscience des risques. Ne vivons-nous pas qu’une seule fois ? Alors vivons cent vies. Il faut se donner le temps et la force de faire les choses à sa façon.

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Connaissance des fromages

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Bientôt trois ans déjà que j’enfile mon tablier, noué serré à la taille, et que je vis au milieu des fromages. Ils sont mon quotidien, mon savoir acquis.

Lorsque je me suis reconvertie, que j’ai quitté le monde de la communication pour embrasser cette nouvelle carrière, j’étais très désireuse de maîtriser un sujet. J’ai toujours été impressionnée par ceux qui connaissent vraiment quelque chose. Les ornithologues connaissent les oiseaux, les photographes connaissent la photographie, les électriciens connaissent l’électricité. Au début, les premiers mois, j’ai beaucoup appris par les livres. Du vrai bachotage, comme une boulimie d’informations. Certains livres m’ont beaucoup apporté, des sites et des blogs également Mais le plus grand du savoir acquis est venu tout seul, en pratiquant et en rencontrant d’autres professionnels. J’ai encore des lacunes sur certaines techniques de fabrications, sur des spécificités du lait, sur les filières laitières car tout cela ne fait pas le quotidien de mon métier. En revanche, quand je prends le temps de lire sur ces sujets, je suis en capacité de les comprendre, ce qui n’était pas le cas auparavant.

Aujourd’hui, j’arrive à un moment où ce savoir me donne envie de partager et d’échanger davantage. D’écrire aussi. Cela prend du temps de s’approprier un savoir, comme il faut du temps pour faire un beau Comté. Le fromage est source d’inspiration et de beauté. Tout ceci est très excitant. Je suis très excitée !

 

 

Devenir végétarien, c’est un peu comme quitter Facebook

 

Je ne mange plus ni viande ni poisson depuis avril 2014. Je n’ai jamais vraiment écrit sur le sujet, car il est complexe, personnel et également miné. Une discussion sur le végétarisme n’est jamais totalement dépassionnée. Je n’ai pas toujours su, surtout au début, comment répondre aux questions et comment me comporter lors de ces échanges.

J’ai longtemps pensé que le végétarisme était quelque chose de très personnel et j’ai bien vite compris que ce n’était pas du tout le cas.

Lorsque je dis de façon totalement informative: « je ne mange ni viande ni poisson », étrange est la proportion de gens qui entendent alors sortir de ma bouche « je te juge, toi, mangeur d’animaux ». Le simple fait d’énoncer ma propre façon de me nourrir n’entraîne jamais de réaction entièrement neutre qui prendrait l’information juste pour ce qu’elle est. Être végétarien, c’est un peu comme ne pas avoir Facebook: cela ouvre nécessairement le débat, crée un décalage, dit des choses de celui qui le fait, interroge celui qui ne le fait pas. Pour ma part je suis végétarienne et j’ai quitté Facebook à titre personnel: paria !

Je ne sais pas toujours comment répondre au « pourquoi es-tu végétarienne ?« . Je n’en ai pas toujours envie non plus. Pourtant, j’ai compris avec le temps qu’il y avait pour moi comme un devoir de réponse. Je ne parle pas d’obligation, de nécessité de se justifier, mais j’ai dans l’esprit qu’une personne qui s’interroge sur mon végétarisme, c’est déjà une petite ouverture et un pas vers moi. J’essaie alors de trouver les mots qui permettent un échange et qui ne donnent pas de leçon. C’est parfois difficile. Parfois inutile.

L’attention que les gens portent au végétarisme de l’autre est intéressante. Lorsque je vais au restaurant, soyez certain que les personnes qui m’accompagnent regarderont en premier ce que je peux manger. C’est aussi touchant que systématique. J’ai parfois l’impression que c’est une façon pour l’autre de passer un bon repas, de ne pas se sentir gêné pour moi.

Je suis devenue végétarienne en raison du manque de confiance vis à vis de la viande qui était à ma disposition directe. J’ai parlé de cette suspicion face aux aliments dans un article nommé Je suis malbouphobique, en juin 2014. La problématique a évolué, s’est déportée en moi.

Quand j’ai arrêté de manger viande et poisson à la maison, j’avais en tête de continuer à en manger dans un restaurant qui me plairait, lors d’invitations ou lorsqu’une belle viande de qualité m’était proposée. Mais comme mon quotidien s’est trouvé dépourvu de viande, elle est devenue très lointaine et, naturellement, il fut un jour impossible pour moi d’en manger, quelque soit l’occasion. La viande et le poisson sont devenus petit à petit, et presque contre ma volonté, des non-aliments. Aujourd’hui, je suis incapable de manger une belle volaille, même sur la plus accueillante des tables. Au début, j’ai été en colère. Je me suis sentie piégée par mon propre végétarisme. J’étais fâchée, énervée d’avoir perdu le contrôle sur ma décision première. Et puis j’ai fini par me calmer et par comprendre ce qui se passait en moi.

Un jour, j’ai fait le lien entre viande et animaux, ça prend du temps et ça fait mal. J’ai compris qu’un poulet était un poulet. Je le savais, mais soudain je l’ai compris. Impossible à présent pour moi d’avaler une épaule de bœuf, un foie de veau, une cuisse de dinde, un poisson, entier. C’est terminé pour moi.

En tant que fromagère, je me questionne également sur l’obtention du lait de façon industrielle. J’ai la chance de pouvoir questionner cette démarche chaque jour et je m’efforce d’être rigoureuse à ce niveau là dans les produits que je conseille. Mais la question est extrêmement complexe et parfois opaque, même quand c’est votre métier. Mais cela sera pour un autre billet !

J’en reviens au végétarsime. Ce choix de vie est parfois difficile à assumer totalement dans la société dans laquelle nous vivons. Cela vaut aussi pour mon départ de Facebook d’ailleurs ! Mais je sais que c’est la voie qui me correspond physiquement, mentalement, moralement et même politiquement. Plus j’avance dans mon végétarisme face à la marche du monde, plus je sens que c’était la bonne décision. Je mange depuis que je suis née comme il m’a été indiqué qu’il fallait manger. Trente ans d’alimentation constituante de ce que je suis aujourd’hui, alors ce changement est un chemin personnel long et surprenant. Mais je vous invite vraiment tous à prendre le temps d’y réfléchir. Si vous avez lu cet article, c’est déjà que vous étiez prêts à lire des choses que vous auriez pu ne pas avoir envie de lire. Beaucoup ne se sentent pas du tout prêts à lire des articles sur le végétarisme et vont slalomer entre eux sur la toile. Je pense que votre chemin se dessine déjà peut-être un peu, même un tout petit sentier…